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Échanges d'anecdotes

Tout au long de l'histoire, les marchés publics ont été le lieu de milliers d'anecdotes,
dont certaines ont traversé le temps.

Voici quelques-unes de ces histoires.

À l'orgine des marchés au Québec

Il sera désigné un lieu dans la Haute ou Basse-Ville de Québec, pour y établir un marché qui se tiendra deux fois la semaine, à savoir les mardys et vendredis dans lequel marché tous les habitants qui auront quelques graines à vendre, volailles, gibiers et autres denrées pourront les exposer en vente"

                                                                                                             Gouverneur de Frontenac, 1673

 

Le marché, lieu d'abondance 

"Le marché se tient tous les jours et la plupart du temps, il est bien fourni, mais celui du samedi est en général beaucoup mieux approvisionné, alors qu’on y trouve un bon choix de viandes de boucherie. Des campagnards venant de diverses seigneuries si futiles qui entourent la capitale, y apportent un abondance de volailles, de poissons, de fruits, de légumes, d’herbes potagées et en fait, de toute espèce de produits de consommation. »

 Joseph Bouchette, 1832, The British Dominion in North America

 

Le marché du samedi

Tous les samedis, depuis le printemps jusqu’à l’automne, il règne dans Québec une animation extraordinaire. C’est le jour du marché. Ce matin-là, les braves gens de nos faubourgs se lèvent avec l’aurore on les voit se diriger paisiblement vers la Basse-Ville principalement, où se fait la vente la plus considérable de victuailles. Les petits chars urbains sortent de grand matin, eux aussi, et transportent des flots de voyageurs qu’ils déversent à chaque voyage sur le marché Champlain. Toute la matinée, c’est une circulation ininterrompue de voitures débordant de légumes de gibiers et de viandes de toute espèce, qui remplit les rues de bruits et d’activité.

Le marché était rempli, bondé, couvert de monde et de choses : acheteurs, vendeurs, bourgeois, paysans, chevaux et voitures, légumes verts et jaunes, écroulements de pommes de terre, entassements de choux, pyramides de navets. De temps à autre, des vapeur arrivaient des campagnes environnantes, jetant sur les quais animaux, cultivateurs et denrées.

L’Isle d’Orléans était là presque entier, et on apercevait les insulaires, débarquer avec des chaudières contenant leur principal effet à sensation : le fromage raffiné. Les voitures étaient rangées sur plusieurs lignes entre lesquelles circulaient les citadins avec des paniers de toutes dimensions. On voyait de grosses villageoises rougeaudes, ornées de grands tabliers à bavette, trôner sur les charrettes et à crier à tous les passants d’une voix traînante et monotone : « Vous faut rien, là, monsieur? Avez-vous besoin de quelque chose, madame? »

À côté de ces marchandes, se tenaient des types d’habitants en longues bottes sauvages vêtus d’étoffe grise et jetant aux quatre vents du ciel les noms des comestibles qu’ils offraient en vente : « Bœuf, mouton, lard, citrouille, viande etc., etc. » Ils interrompaient leur discours aussitôt qu’un acheteur se présentait pour le reprendre ensuite sur le même ton.

C’était une cacophonie étrange, un croisement de paroles perdues au milieu de clameurs plus fortes, entre mêlées de bruits de sabots des chevaux frappant le pavé, de cris aigus des roues de charrettes non graissées, de chutes de pommes au fond d’un grand baril et ressemblant à des roulements de tambours, de piaillements, de volailles attachées deux à deux; et un peu plus loin, au bord de l’eau, montrant tout à coup leurs tuyaux noirs au-dessus des hangars, des petits bateaux à vapeur arrivant et jetant de longs cris sortant à travers un jet de fumée blanche, confondus avec les clameurs des matelots poussant de grands bœufs à l’œil craintif et à la tête basse dans les enclos du marché.

                                                                                                             Alphonse Lessard, "Le marché du samedi", dans L'Électeur,
                                                                                                             de Québec, mardi le 24 juillet 1894, p. 6 

 

Où qu'il soit, le marché doit survivre

Madame Ovide Savard, de Lac-St-Charles, nous a dit qu’elle se rend au marché depuis l’âge de 7 ou 8 ans. À l’époque, il était situé dans la haute ville, près du Palais Montcalm (place d’Youville aujourd’hui) et il rejoignait la rue St-Jean.

Elle est la plus vieille (même si elle semble conserver une jeunesse éternelle) à se rendre au marché, maintenant situé dans St-Roch. Elle fréquente cet endroit depuis plus de 40 ans. Elle fabrique des marinades et des confitures pour varier ses ventes de fruits et de légumes.

Elle a vécu de gros changements dans la vie des Québécois durant ces belles années. Elle préfère demeurer là où elle est présentement que de changer d’emplacement une autre fois.

« Il nous fallait voyager trois heures en voiture tirée par un cheval dans mon temps, mais aujourd’hui, c’est plus facile et plus vite. Mon mari arrive ici vers six heures du matin pendant que mes deux garçons s’occupent de notre ferme. Dans l’après-midi, je remplace mon mari au Marché. 

Les Savard ne quittent le marché que vers 22h30.

« Ce qu’il faut, ici, c’est d’être honnête avec les acheteurs. Il ne faut pas cacher les mauvais produits au fond du panier et mettre les meilleurs sur le dessus. Alors, nous perdons un client. Cela nous est jamais arrivé, parce que nous rapportons ce qui n’est pas vendable à notre ferme pour nourrir les animaux. Il ne faut pas tromper le monde. »

Et elle nous exhibe une manne dans laquelle on trouve des concombres et autres légumes et fruits, qui pourraient sembler comestibles, mais qui ne sont pas à son goût.

Elle regrette beaucoup qu’on l’ait défendue de vendre certaines viandes depuis une couple d’années, car elle et son mari avaient de nombreux lapins que les citadins recherchaient. »

Madame Ovide Savard, tiré du journal Le Soleil, lundi le 11 août 1975

 

Le marché l'hiver

Les communications par le pont de glace entre Québec et la rive opposée (tout près d'un mile) sont très favorables aux habitants de la campagne; elles leur permettent d'apporter leurs produits aux marchés, et les traineaux chargés de bois profitent de ces communications. Cette facilité de transport a pour effet de faire baisser les prix aux marchés.

                                                                              Louisa Anne Call, dans Jean Provencher, C’était l’hiver, la vie rurale 
                                                                      traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent
, Boréal, 1986, Montréal, p.204

 

Pourquoi aller au marché?

Non, on ne va pas au marché en plein air parce que cela coûte moins cher. On y va parce que c'est frais, parce qu'on aime bavarder avec les producteurs, parce qu'on peut y acheter des produits qu'on trouve rarement dans les supermarchés, comme c'est le cas cette semaine, des "gadelles" et de belles grosses mûres.

Tiré du journal Le Devoir, 8 août 1987, p.A10

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